Partie 4 – Le collège Agricole de Bréhoulou
En 1946 le cheptel est réinstallé dans les bâtiments d’exploitation. Jean Lefebvre organise des stages pour les maîtres assurant les cours post-scolaires et aux candidats au certificat d’aptitude à l’enseignement agricole.
Les expérimentations reprennent, le premier tracteur est achété.
Durant l’été des agriculteurs et leurs enfants séjournent à l’école, logés dans des caravanes .
L’école a une formation de sellier-bourreleur afin de réparer ou fabriquer l’équipement des chevaux en brides, colliers, licols et autre sous-ventrières. Cette section verra sa disparition rapidement , le tracteur remplace avantageusement les chevaux.
Les années 1945 à 1947, le manque de personnel enseignant fait défaut. Malgré la nomination d’un professeur d’enseignement général, l’enseignement est assuré par Jean Lefebvre assisté des deux chefs de pratique, ainsi que du Directeur des services vétérinaires départemental et du Directeur du cours complémentaire de Fouesnant.
Un syndicat de défense contre les ennemis des cultures est aussi crée et acquiert un pulvérisateur.
Les assemblées générales du syndicat des cultivateurs exploitants de la région de Fouesnant, présidées par Jérôme Cotten, se déroulent à Bréhoulou.
Un foyer rural est crée.
Les effectifs ne sont pas très importants, pour la session 45/47 19 élèves, en 46/48 28 élèves et en 47/49 19 élèves.
Juin 1946 :Première fête de l’école de Bréhoulou et première fête des foins qui permet un peu de distraction dans la période la plus difficile de l’année, réunissant les élèves et le personnel.
7 mai 1947 : Le conseil général adopte un programme de remise en état et de modernisation de l’école pour un montant de 6.300.000frs. et un crédit de 3.600.000frs. réparti pour 2.400.000frs en remise en état et 1.200.000frs en modernisation.
Le 12 mai 1947, un conseil d’administration est constitué en vue de la création d’un foyer rural à Fouesnant. Celui-ci utilisera la salle des fêtes de l’école d’agriculture de Bréhoulou, seule salle disponible à Fouesnant. L’animation sera assuré par des instituteurs de Fouesnant et des professeurs de l’école d’agriculture. Les principales animations prévues au programme sont les jeux divers, des concours, des excursions ainsi que l’achat d’un appareil de projections cinématographique, à destination des jeunes du canton de Fouesnant.
Le conseil d’administration est composé de:
Président: M. Tollec adjoint au maire de Fouesnant( Communiste)
Vice-Président: M. Renot Maire de Pleuven (URD)
Secrétaire: Louis Le Calvez, comptable à l’entreprise Le Bris
Trésorier: M. Le Gall de Bénodet
A ce jour cette structure a environ 2000 souscripteurs pour 100f la souscription.
22 juin 1947 : fête de l’école d’agriculture de Bréhoulou. Cette année le thème est la venue du roi de Brézoulou avec sa suite, au village de Bréhoulou. Après le défilé dans le bourg de Fouesnant, la fête peut commencer autour des cases et des sorciers noirs, et le soir une grande séance de cinéma suivie d’un feu de camp termine cette journée.( voir le Foën Izella N°20 en 2002).
Lors de l’assemblée générale de l’association des anciens élèves de l’école, du 13 juillet 1947, le Directeur Jean Lefebvre, fait un point sur le fonctionnement de l’école.
Il est institué un service général hebdomadaire pris par les élèves de chaque promotion. L’élève de service général suit tous les travaux entrepris à l’école, étudie pendant son séjour le développement des cultures, la situation du cheptel, c’est le « reporter de l’exploitation ». Toutes les semaines l’un des élèves du service général, lit le rapport devant les deux promotions et le personnel enseignant, secondé par son collègue de l’autre promotion. Les professeurs font la critique du rapport.
Le vieux cinéma muet d’avant-guerre détruit par les « occupants » est rem^placé par un appareil moderne parlant, qui permet de présenter à nos jeunes camarades, des films récents, intéressants et instructifs. D’autre part l’école possède un appareil de projection de dessins et gravures et d’un appareil de film fixe qui facilite l’illustration de façon agréable et réellement efficace les cours des professeurs.
L’école organise une excursion annuelle, maintenant à une plus grande échelle. Pour cette année le tour du Finistère en deux jours avec camping à Roscoff. Pour l’an prochain il est prévu une expédition à la foire-exposition de Rennes en passant par le Mont Saint-Michel au retour. Quatre journées de voyage, de visites instructives et de camping ( Le moyen de locomotion est le vélo avec le matériel de camping).
Mais le grand problème de l’école est le faible effectif, guère plus important que les promotions d’avant-guerre, malgré les efforts pour rendre plus attractif l’enseignement agricole.
19 janvier 1949 : à la session du conseil général sur le budget de 1948 d’un montant de 4.002.089frs ; il est nécessaire de prévoir une subvention de 100.000frs ; afin de combler le déficit. Le budget prévisionnel de 1949 est de 4.550.000frs .
Lors des débats une intervention de M. Debled nous fait une description de l’école, qui ne peut laisser indifférent. Voici les principaux extraits de cette visite du 18 janvier 1949, et la réponse de ses collègues conseillers. Une visite impromptue.
«Je me suis rendu hier, avec certains de mes collègues, à l’école d’agriculture de Bréhoulou. Je ne vous cache pas mon impression pénible, extrêmement pénible. Le Directeur absent était au bourg de Fouesnant. Les bâtiments paraissent en bon état, puisque relativement neufs, les réparations les plus urgentes pas effectuées, les vitres brisées des fenêtres pas remplacées, les bordures manquantes des toitures en zinc, pas remises en place, les gouttières des préaux jamais dégorgées, remplies de bouteilles cassées, d’herbe et de boites de fer, et les eaux pluviales s’écoulent directement dans le préau.
Dans les étables, quoique bien disposées, les aménagements satisfaisants, mais les animaux paraissent pas toujours bien soignés. Un de mes collègue me disait : « vraiment les bêtes manquent de pansage »
Les W.C. étaient tellement encombrés de matières fécales, qu’il semblait impossible de s’en approcher. l’un des responsable à déclaré ; « c’est pour les ouvriers ».
A la porcherie, nous avons été encore plus étonnés et un de mes collègue, dans un langage un peu brutal, déclare au directeur : « mais vos petits cochons , vous les avez passés au cirage ? » et le Directeur de répondre « peut-être n’a t’ont pas fait hier la litière » et notre collègue de rétorquer , étant de la profession , « il y a peut-être 15 jours à 3 semaines qu’on a pas fait les litières et qu’on a pas soigné les animaux » Quant aux mangeoires , elles étaient remplies de matières qui empêchaient certainement les animaux d’y manger. Il y a là vraiment du laisser-aller, pour une école modèle, en outre il y avait affiché le programme d’enseignement général à l’orthographe qui laissait à désirer.
Quand au dortoir, il est impressionnant de froideur, il aurait pu tout de même être tenu avec plus de soins.
Nous n’avons pas été plus loin dans nos investigations, certains de nos collègues, anciens élèves d’autres établissements tel Le Nivot, n’ont aucun rapport de cette fameuse école de Bréhoulou. »
M. Roué lui répond : « je ne suis pas tout a fait de l’avis de M. Debled, il y quelques vérités, il y aurait beaucoup d’améliorations à apporter, mais il faudrait savoir si M. le Directeur a la possibilité de les exécuter, et si on lui donne les moyens matériels d’exploiter réellement l’établissement d’une façon rentable, car il me paraît extraordinaire qu’une exploitation de 40 hectares, avec d’importants bâtiments puissent être maintenue en bon état, avec 4 employés…il y a beaucoup trop de bâtiments. »
M. Boucher ,partage aussi l’opinion de M . Roué et dit « nous constatons un certain laisser-aller, des améliorations sont a prévoir, mais il ne faudrait pas croire, que nous avons vu une chose immonde… ».
M. Tanguy Prigent intervient à son tour « j’ai écouté M. Boucher avec plaisir, c’est pour dire à M. Debled qu’il a été trop sévère et inélégant…nous avons tous ensembles constaté, qu’il y certaines choses à redresser à Bréhoulou, et nous avons été quelques uns à saisir gentiment Le Directeur…vous avez fait cette intervention avec une certaine joie et pour aboutir à votre conclusion qui consistait à citer une autre école…en ce qui concerne l’état général, je voudrais rappeler que l’école a été occupée pendant plusieurs années par les Allemands et qui là, comme partout l’ennemi a commis des dégâts, des destructions très graves, ce qui explique le mauvais état d’entretien… le Directeur manque de moyens et aussi de personnel »
A la séance du conseil général du 20 janvier 1949, lors de l’examen du budget de l’école de Bréhoulou pour l’année 1949 le Directeur M. Lefèvre expose les difficultés rencontrées et particulièrement l’approvisionnement des matériaux. Il fait état de la situation des travaux ;
Montant des travaux terminés : 2.723.200frs.
Montant des travaux en cours : 950.000frs
Montant des travaux restant à réaliser : 5.070.000frs.
Soit un montant total de 8.743.200frs. correspondant au programme de remise en état et de modernisation voté en 1947, et qu’une partie de cette dépense sera remboursée au département par le service de la reconstruction. Il est noté qu’il serait concevable que le ministère de l’agriculture participe substantiellement aux dépenses d’équipement et de modernisation.
Le directeur ne peut pas continuer a assurer seul, les tâches de Direction générale, direction des études, de la ferme, d’instruction et de surveillance. Il y a lieu d’examiner l’opportunité de nommer un surveillant général uniquement pour l’école et la ferme.
Il serait nécessaire de voter un crédit de 73200frs. pour le paiement des travaux en cours, en complément du reliquat de crédit de 3 600 000frs. voté le 7 mai 1947 et inscrire au budget de 1949 5 070 000frs. En prenant cette décision afin que Bréhoulou soit un modèle concluant, pour former des jeunes agriculteurs instruits et éduqués, connaissant et aimant leur métier, connaissant parfaitement les techniques modernes, adaptées à notre sol et à nos cultures.
En 1949 le service de la reconstruction a versé une somme de 4 265 000frs.et le nombre d’élèves est de 43.
Dans le budget de 1949 figure le projet d’une nouvelle cidrerie. Le montant des travaux de transformation de la cidrerie sont de 250 000frs, qui consistent au transfert de la cidrerie dans un bâtiment neuf à proximité de la cave et du hangar à pommes et la transformation de la cidrerie existante en germoir.
M. Yvonnou, conseiller général de Fouesnant juge que l’ancienne cidrerie, trop grande, réaménagée, pourrait également servir de germoir et de cidrerie, la production n’a été que de 50 barriques en 4 ans.
M. Tanguy-Prigent fait part « que la disposition actuelle est absurde, la reconstruction et la reconstitution des anciens bâtiments, trop grands, et leur aménagement intérieur, coûteraient à peu près autant que la construction d’un bâtiment neuf plus petit, mieux adapté à la production de pommes de la ferme, au bout du bâtiment servant de hangar, de plateforme et de cave., et que pour réaliser quelques économies, en maintenant une situation défectueuse sur le plan technique, l’emploi de la main d’œuvre tant en effectif qu’en conditions de travail et qu’il faille parcourir 10 mètres sous la pluie pour aller de la cidrerie au hangar à pomme où à la cidrerie »
En conclusion le rapport de M. Tanguy-Prigent est adopté.
Septembre 1950 l’école organise une session de formation coopérative des jeunes agriculteurs, suivie par 70 stagiaires.
Cette année voit les expérimentations menées en liaison avec le centre de recherche agronomique. Les premiers échanges se font avec les organisations professionnelles agricoles comme les producteurs de pomme de terre, les aviculteurs, les jeunes agriculteurs ainsi que les groupements agricoles féminins.
1953 : Georges Viot devient directeur et met en place un programme de modernisation d’un montant de 45 millions sur 4 ans Il restera en poste jusqu’en 1971.
La station de sélection avicole fourni les coqs reproducteurs et les œufs à couver aux éleveurs du département.
1954 Ce programme permet l’achat de Matériel moderne : motoculteur, ensileuse, tracteur avec son équipement , charrue, cultivateur, remorque, rateau-fourcheur, auto-draineuse, herse, sous-soleuse, déchaumeuse, pulvérisateur, planteuse de choux.
1955 la modernisation se poursuit par l’acquisition de silos, moissonneuse batteuse, pulvérisateur à disques, trieuse à grain, modernisation de l’installation téléphonique, des cuisines, de la buanderie, de la cidrerie. Des travaux sont commencés tel l’aménagement d’un garage-atelier, de la salle des fêtes. Les anciens hangars en béton sont détruits et remplacés par un hangar agricole plus fonctionnel.
L’école fait l’achat de cheptel, très contesté au conseil général et par certains professeurs. Les vaches pie-noire sont remplacées par des vaches de race frissonne-française et la race porcine yorkshire fait son apparition, alors que les chevaux disparaissent petit à petit.
L’ancien manoir est démoli et remplacé par la maison du directeur, plus moderne. Le sous-Directeur à lui aussi sa maison. l’architecte est M. Michel.
L’école achète sa première voiture automobile.
16 janvier 1957 : la commune achète au département, la propriété dite <<l’ancienne poste>> du Penker au bourg, et y aménage la mairie, le 18 janvier 1959.
1959 :le conseil général adopte suite au rapport suivant de M. Kergourlay :
« Votre commission de l’agriculture est unanime à décider la construction d’un pavillon de professeur à Bréhoulou, celle-ci étant financée par la somme de 4.000.000frs. provenant de la vente de la « poste » et du « Penquer », le solde, sur les crédits de modernisation et d’équipement ( 2 emprunts d’un montant total de 40 millions ) affectés à l’école de Bréhoulou ».
Elle propose en outre, d’approuver les plans établis par M. Michel, architecte.
D’autre part le conseil adopte le rapport de M. Kergourlay sur le projet de l’établissement en école régionale , suite à la nouvelle loi d’orientation agricole.
« …Cette transformation ne peut présenter pour notre département que des avantages ; elle mettrait les dépenses d’entretien ou d’aménagement de l’école à la charge de l’état, le département conservant, par l’intermédiaire de ses représentants au conseil d’administration, le droit de regard sur la gestion de l’école. Il n’aura plus à s’occuper de la gestion financière.
Cette transformation permettrait aux jeunes gens du département de poursuivre leurs études agricoles à l’école régionale
Votre commission de l’agriculture est très favorable à accepter la transformation projetée et donne délégation à la commission départementale pour statuer sur la convention devant régler les conditions de transfert de l’école à l’état ».
1962 le recrutement se fait principalement dans le milieu agricole pour le ¾ des élèves, l’autre quart n’ayant aucune liaison avec l’agriculture. L’origine des élèves est à 92% du Finistère, 3,5% des autres départements breton et Français et 4,5% d’Algérie.
Elle assure aussi la formation des instituteurs candidats au certificat d’aptitude à l’enseignement agricole post-scolaire.